Mokolo est le chef lieu du département du Mayo Tsanaga. Située à 1 heure de route de Maroua le chef lieu de la Province de l'extrême Nord, cette ville est considérée par beaucoup comme le Grenier de cette province. Les MAFA sont les populations autochtones de cette ville qui au niveau de l'histoire du Cameroun a fourni le premier emploi au Président Ahmadou AHIDJO; ce dernier est d'ailleurs resté très attaché à cette ville qui lui a aussi donné une épouse. Aujourd'hui, on peut encore voir au sommet d'une colline de Mokolo l'héliport où se posait toujours le défunt Président avant de se rendre dans sa résidence située à 300 m.
La plupart des bureaux administratifs sont situés sur la route principale.
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Kudekeukeu - K'sa - Cam prison - Zimangayak - Mboua - Pont douane - Tacha Hamangawar - Ouro Tada - L'dantsi - Quartier maire - Ancien sonel - Zdahmbourour - Zilin - Moussoule (abattoir) ... |
MOKOLO DANS SES RELATIONS
AVEC LE MILIEU RURAL ENVIRONNANT
Dans le nord du Cameroun, les monts Mandara, longs alignements montagneux d’orientation sud-ouest nord-est, s’étendent depuis
Ce vaste ,ensemble très compartimenté a été le foyer d’un type tout à fait ,original de civilisations agraires, nées de ‘conditions naturelles très rigoureuses, et d’une histoire tourmentée. La création et le développement de Mokolo résultent de la volonté politique récente d’un pouvoir extérieur, d’abord foulbé, puis français, enfin camerounais, visant au contrôle de ce pays fermé sur lui-même. Aujourd’hui Mokolo est une ville de plus de 5 000 habitants, préfecture du département de Mayo-tsana. Son étude permet de saisir sur le vif comment s’accroît progressivement l’emprise d’un noyau urbain sur un milieu rural environnant. L’intérêt est d’autant plus grand que Mokolo s’est développé en un point privilégié des monts Mandara, au contact des massifs compacts dominant au nord, et du plateau au sud. Mokolo apparaît comme le lieu de passage le plus aisé de toute communication est-ouest, entre les plaines de Maroua et celles de Madagali, et de toute communication nord-sud, entre les plaines de Mora et celles de Gawar. Cette position est d’autant plus favorable que, localement, le site de Mokolo est à la convergence de vallées ouvrant assez profondément les massifs : vers l’ouest, entre Mavoumay et Méfele, en direction du plateau Kapsiki ; vers le nord-ouest, entre Mavoumay et Ldamtsay, en direction de Magoumaz et du pays de Tourou ; vers le nord-est, entre Ldamtsay et Mokolo, en direction des massifs de l’intérieur ; vers l’est, en direction de la vallée de
La colonisation française, venue tardivement dans ces contrées, fait de Mokolo une base administrative et militaire, servant à la pacification des montagnes. Vers 1930, sont installés un pénitencier, une école, un service de santé et les premiers éléments d’une infrastructure administrative. Le marché, est créé en 1934. En même temps, Mokolo connaît une affluence d’affamés venus des montagnes voisines, pousses vers la ville par des séries de mauvaises récoltes. Puis la ville reçoit un second flot de peuplement issu de Madagali, après l’arrestation par les autorités anglaises de Hama Yadji. Mokolo
connaît ,ensuite une période de croissance continue, en dépit d’une histoire plus calme. Au noyau foulbé, et aux personnels de l’administration, viennent se joindre des montagnards, de plus en plus nombreux. La paix établie et reconnue, les vieilles haines s’estompent ; le marché attire avec l’espoir des gains possibles ; la vie à la ville semble, à beaucoup, plus agréable ; surtout, il y a la difficulté de plus en plus grande, dans de nombreux massifs, à trouver des terres encore vacantes. Peu à peu, Mokolo s’enracine davantage dans son milieu.
Depuis l’indépendance, l’administration camerounaise cherche à favoriser la descente des montagnards et leur installation, sinon dans la ville même, du moins aux alentours. Par ailleurs, le referendum, concluant au rattachement au Nigeria du Cameroun septentrional ex-britannique, a entraîné un troisième flux de peuplement à partir de Madagali. Le résultat se traduit par une forte croissance récente de la population de la ville. Cette croissance de Mokolo, telle que l’histoire nous l’a montrée, est une certitude, même s’il apparaît difficile de l’évaluer avec précision : il semble que, pour la période 1937-1971, elle soit d’environ 6 % par an. On retrouve les mêmes valeurs pour la plupart des massifs voisins de Mokolo et disposant d’un large piedmont, ce qui pourrait indiquer une certaine solidarité entre le développement de la ville et celui des massifs voisins, si l’on pouvait être assuré que de telles évaluations ne résultent pas d’une simple amélioration des conditions de recensement. Il est en tout cas certain que les massifs situés à
l’est de Mokolo, ont connu une forte croissance, très supérieure même à celle de la ville.
Il faut finalement retenir le rôle de trois facteurs :
- la pacification : c’est elle qui rend compte du peuplement des massifs de bordure, et de la cohabitation qui règne entre toutes les ethnies de la ville ;
- la surcharge démographique des montagnes : elle est à l’origine de très nombreux mouvements migratoires et en particulier du peuplement de la
Zone de piedmont entourant Mokolo ;
- l’attraction de la ville : l’existence d’une ville avec ses avantages, et surtout son marché, explique le développement non seulement de la ville elle- même , mais aussi des massifs et piedmonts voisins.
Ici encore on peut parler d’une grande variété, puisque l’on estime à une cinquantaine le nombre d’ethnies représentées à Mokolo, mais en fait une dizaine seulement d’entre elles compte vraiment. Parmi elles se distinguent très nettement les Matakam
(essentiellement des Mafa) que l’on peut estimer à 40 % de la population totale, suivis par les Foulbé qui en représentent 16 % . Ces chiffres cachent en réalité un des principaux problèmes d’e Mokolo : nombre de Matakam, par un processus d’acculturation progressif mais incalculable, en viennent à se considérer comme des Foulbé. On peut donc en fait estimer à 30 % le nombre des Foulbé et 30 % celui des Mafa. Ces derniers chiffres rendent mieux compte de l’importance réelle de l’influence sociale des Foulbé. A ces deux, ethnies principales, il faut en ajouter quelques autres. On distingue ainsi un groupe d’ethnies montagnardes non islamisées, dont l’aire d’extension ,est proche de Mokolo (Kapsiki, Hidé , Mabass, Mofou) ; des ethnies ,d’origine un peu plus lointaine., mais toujours pour la plupart, du nord du Cameroun (Mondang, Guiziga, Mandara, Toupouri) ; les grandes ethnies musulmanes autres que les Foulbé (Kotoko, Haoussa, Arabes, Choa) ; enfin quelques ethnies originaires du sud du Cameroun et liées au rôle administratif de la ville (Ewondo, Bamiléké). ,Par le nombre, ce sont les ethnies montagnardes qui dominent ; par le rôle joué dans la vie de la ville, ce sont les ethnies islamisées. L’activité principale, et de loin, est l’agriculture. Il est important de noter que, si presque toutes les ethnies présentes à Mokolo comprennent des agriculteurs, une distinction très nette se fait jour entre les ethnies qui sont restées très agricoles et celles qui ne le sont plus guère : les Mafa et presque toutes les ethnies voisines, surtout Kapsiki, Hidé, Mofou, sont restées agricoles à 60 % au moins ; ce rapport est beaucoup plus faible chez toutes les autres ethnies et tout particulièrement les ethnies musulmanes.
C’est là un fait majeur ; les ethnies montagnardes et païennes sont restées nettement plus agricoles que les autres venues de plus loin, La seconde activité de la population de Mokolo est l’administration : celle-ci ,emploie 25 % des actifs de la ville. Cette part très importante illustre bien ce que l’histoire de la ville a pu nous apprendre, sur sa naissance et son véritable rôle dans la vie du milieu environnant : Mokolo est bien l’instrument d’une politique d’intégration de l’espace très fermé des monts Mandara, à une réalité plus vaste, aujourd’hui le Cameroun. Ce sont les ethnies du sud du pays qui constituent l’armature de cette fonction. Mais les postes de commandement sont aux mains des ethnies
islamisées, et à l’autre bout de la hiérarchie administrative, les rôles subalternes sont tenus par les ethnies montagnardes. La place de l’agriculre et de l’administration
réduisent apparemment à peu de chose les autres activités de la population. L’artisanat ne rassemble que 10 % de la population active ; les transports 6 % ; le commerce 6 %. Pourtant, c’est au niveau de ces activités que l’on relève les faits les plus importants de l’évolution de la vie de la ville. En effet c’est ici surtout que s’opère le passage de l’ancien mode de vie, fondé sur l’agriculture d’autosubsistance, au nouveau, fondé sur la circulation de l’argent. De plus, c’est par ces activités que se singularisent davantage les ethnies minoritaires. On peut relever également une distinction intéressante : les ethnies musulmanes sont majoritaires dans le commerce, tandis que les ethnies montagnardes dominent dans l’artisanat.
On perçoit bien ici l’ancienneté, de la pratique commerciale des ethnies musulmanes, alors que les ethnies montagnardes, en se consacrant plutôt a l’artisanat, ne font que réorienter une de leurs nombreuses aptitudes (travail du fer, du bois, de la construction). Il faut ajouter enfin que, si l’on ne dénombre à Mokolo que 6 % de commerçants, cela ne préjuge en rien de l’importance de sa fonction commerciale (nous verrons que presque tout le monde fait un peu de commerce), mais indique seulement dès maintenant qu’il n’y a là qu’un embryon de véritable pouvoir commercial. Comme autres métiers, on peut citer celui de domestique : les « boys » sont relativement nombreux chez les fonctionnaires et les Foulbé ; pour la plupart, il s’agit de jeunes montagnards que la ville attire et qui peuvent ainsi tenter de s’y faire une place. On trouve aussi des manœuvres, employés presque seulement par l’administration.
